Un étranger au bout du monde 12
Ga?s China Story : Last Day in
Lundi 2 avril
Réveil matinal et petit déjeuner frugal avec Viviana, me voilà en train de repérer les endroits par lesquels je vais passer aujourd’hui sur une carte prêtée par Fabien. Pratique, elle est en chinois et en anglais, ça peut aider.
Je descends, arrive dehors, il fait beau mais frais, normal il est à peine 7h et quelques. Petite séance de gymnastique chinoise pour vieux non loin de l’immeuble, musique traditionnelle, militaires marchant au pas, jardin entouré de tours. Je rejoins la route, la première étape pour moi est d’atteindre la poste, cette foutue poste pour envoyer mes cartes. Arrivé devant plusieurs personnes font la queue, attendant l’heure d’ouverture. Je reste avec. Je suis un peu observé, je fais de même. Une postière sort, fait le ménage sur l’escalier, à la chinoise, en foutant tout de côté… Un quart d’heure plus tard les portes s’ouvrent et je peux enfin poster mes cartes ! Ok, boîte aux lettres de droite d’après Hélène… euh… y’a bien deux boîtes aux lettres côte à côte, mais elles ont une fente de chaque côté ! Résultat celle de droite peut être celle de gauche si je suis de l’autre côté !!! Et merde ça recommence !!! J’essaye à nouveau de me faire comprendre, montre le « France » inscrit au bas de chaque carte. Personne ne pige, forcément, eux à part les dragons, les nouilles, le ping-pong et les hiéroglyphes chinois… Bon, y’en a une qui a l’air de maîtriser un peu plus et qui m’indique la boîte à utiliser. Très bien, j’ai pas confiance, je sais pas si t’as tout compris, mais je le fais. Ouf, je peux enfin sortir de là…

Une fois dans la rue je cherche le grand croisement indiqué par Fabien la veille, c’est de là que je peux chopper le métro pour aller en ville puis au Palais d’Eté. Je marche, arrive à un grand carrefour, demande de l’aide pour mon chemin, continue, marche, marche, marche… Il y a de moins en moins d’habitations autour de moi, je me rapproche du 4e anneaux – les anneaux de Pékin sont les périphériques intérieurs – comme c’est sur le plan mais je m’étonne de marcher depuis si longtemps, je m’étonne de ne plus voir grand monde, je m’étonne d’être paumé… Il s’avère que le croisement indiqué par Fabien n’était pas le bon ! Il parlait du carrefour traversé plus tôt, mais en me montrant un tout autre endroit ! Ce couillon m’a envoyé à ¾ d’heure de marche du carrefour où je devais aller !!! J’ai compris, cette fois je me débrouille et vais à l’instinct. J’appelle un taxi et lui demande de me déposer à l’opéra. J’ai repéré des Hutongs non loin de là sur la carte. Je sors du taxi, repère la station de métro la plus proche et commence à m’enfoncer dans les vielles rues. Tout ce temps perdu, c’est dommage. Je décide donc de manger assez tôt histoire de pouvoir ensuite enchaîner les visites. A ma droite un petit resto qui ne paye pas de mine. Je rentre, m’installe et ne pige rien à la carte… La serveuse me rapporte alors un petit cahier avec des traductions approximatives en anglais des plats proposés. Pour moi ce sera poulet, aubergines et riz. Quelques minutes plus tard mes plats arrivent, ils sont tout simplement énormes ! Et encore mieux, c’est sacrément bon !!! Je déguste alors un super repas, me pourrissant le bide, mangeant des aubergines comme jamais j’en aurais mangé, prenant le riz pour apaiser mon palais et ma langue suite à un trop plein de chili, mais impossible de finir, j’en laisse au moins la moitié (et qu’est-ce que je regrette aujourd’hui là maintenant au moment où j’écris de ne pas pouvoir finir ces plats… J’ai la dalle !). Je paye, 2.60 euros, remercie et continue ma route. J’ai le ventre explosé… D’ailleurs mon corps a envie de faire un peu de place. Le resto est loin derrière et des toilettes publiques apparaissent à ma droite. Inspection à distance : ça a l’air propre, très propre même. Effectivement, je rentre à l’intérieur, ça ne pus pas trop, c’est nettoyé, un monsieur fait caca devant moi sans porte, il y a du savon… euh… un monsieur fait caca devant moi sans porte ??? Putain c’est quoi ce truc ??? En fait il y a juste des cloisons de séparation !!! Et l’autre accroupi devant moi s’en fiche ! Je ressors, pas moyen, mon estomac a eu peur et a fait des heures supp’ pour faire le moins de déchets possible, la boîte à caca est fermée, ça en aurait calmé plus d’un, même Apple…

Je continue mon chemin, je marche au hasard des rues. Toujours ces morceaux de viandes en plein soleil, ces gens qui soudent, réparent, bricolent devant chez eux, des petits marchands de tout et n’importe quoi sont là aussi. J’aime bien. C’est vrai. Après une bonne petite promenade digestive (gestive) je décide d’aller au Palais d’Eté. Cette fois pas de taxi, je prends le métro ! Grâce à mon plan, mon flaire, mon sens de l’orientation et ma bonne étoile je défie toutes les lois de la logique chinoise et je trouve mon chemin ! Métro, marche et taxi pour les derniers mètres, je suis devant l’entrée du palais, au nord ouest de Pékin.





Ce palais a été construit sur une presqu’île au nord ouest de Pékin au XIIe siècle. Il est composé d’immenses bâtisses, de temples, de jardins, de fontaines, le tout autour d’un lac, sur 2.5km d’est en ouest… Une fois de plus la fatigue accumulée me ferait faire demi tour, mais pas question, même si aujourd’hui il va falloir marcher pour tout voir je vais faire le tour et admirer ce magnifique palais. Les cloches accrochés aux toits des temples sonne et résonne, le vent faisant lui-même sa musique, choisissant les notes comme bon lui semble, une fois de plus c’est un havre de paix, c’est apaisant… Les fleurs, les bruits, les odeurs, les paysages, tout est là pour donner envie de se poser, de prier, de ne rien faire si ce n’est méditer.

Je mets un bout de temps à faire le tour, me pose de temps en temps, prends des photos, c’est superbe. Pékin est au loin. Je rencontre des anglais, on discute quelques minutes. L’un d’eux me fait remarquer que nos deux nations sont responsables de la destruction du palais d’origine en 1860… Tout a été brûlé et pillé, il ne reste que quelques ruines qui ont servi de base à la reconstruction. Putains de guerres, on se sent cons et coupables des fois… et surtout moins fiers d’être français…







La visite prend fin, je dois rentrer sur Beijing, surtout qu’il faut que je fasse mes dernières courses : trèèèèès important ! Je trouve un taxi – je prends le taxi dont le chauffeur me saoule le moins – et je repars vers la ville. Taxi, métro, me revoilà à mon carrefour, le bon. Premier achat important : les clopes !!! Je m’arrête chez un petit vendeur, sur le trottoir. Je demande deux cartouches. Il ne comprend rien, je fais des signes, il me dit qu’il ne peut pas me vendre deux cartouches ! C’est beaucoup trop ! Il ne lui reste que 4 paquets de Marlboro Light… Ok, ils ne doivent pas avoir l’habitude de vendre autant de clopes d’un coup ! Je trouve alors un vrai magasin, entre, me fais comprendre, paye mes 200 kuais, prends encore quelques gâteaux et de l’eau. En filant 20 euros à ce mec je viens probablement de lui faire au minimum sa semaine ! Tout le monde est content puisque moins j’ai 2 cartouches de clopes pour 5 fois moins que son prix en France !
Arrivée à l’appart, j’ai mal aux pieds… Je décide de me faire plaisir une dernière fois, je veux des massages des panards ! A 4 euros la demie heure ça va. Je m’installe, la nana a l’air gênée et hésitante, merde j’ai encore choisi la bonne moi… Lavage des pieds avec une poudre bizarre, après m’avoir brûlé à l’eau bouillante, et c’est parti pour les massages ! Et j’en ai chié ! Cette idiote m’a coincé un truc, j’avais trop mal !!! Et la douleur a duré 4 jours !!! Bref je m’en souviendrai des massages chinois…
Je remonte, attends mes amis. Ce sont mes dernières heures, c’est la fin de mon séjour en Chine. Ce soir c’est ma dernière soirée, demain matin je serai sur le départ. Tristesse.
Fabien arrive, Hélène, Viviana aussi, nous allons au resto, un chinois pour mon dernier soir. Un « ami » américain à Viviana nous rejoint. Juste avant je dois juste faire mon dernier petit achat. Je rentre dans un magasin et prends… 2 bouteilles de baïjo ! Après tout faut faire goûter aux gens qui vont se moquer de ma cuite !
Le resto se déroule dans la bonne humeur, les Tsingtao s’accumulant sur le côté de la table. Fabien nous quitte. Un peu plus tard c’est nous qui rentrons. Quelques verres, mes adieux à Hélène et je laisse Viviana et son américains faire leur bagatelle. Dernière nuit.



Réveil, je croise le ricain qui s’en va, Viviana est déçue, il a eu des pannes. Mes affaires sont prêtes, je dis au revoir et descends me chercher un taxi. Une fois encore je regarde sans arrêt les paysages qui défilent autour de moi, mais cette fois tout un mélange de sentiments m’envahis. La joie, la tristesse, l’impatience. Je regarde mes photos, quel précieux appareil que l’appareil photo ! Quelle invention ! Mes souvenirs resteront gravés dans ma mémoire mais c’est grâce à lui que je peux vous mettre des images, que vous pouvez un minimum vous rendre compte de la beauté de tout ça.
Enregistrement, attente, et me voilà dans l’avion. Décollage, pas de dodo, 4 films regardés, atterrissage, me voilà à Paris. Je suis quand même content d’être là ! J’appelle mes amis, suis impatient de les voir, de leur raconter, suis impatient de retrouver mon appart, suis impatient de retravailler dès le lendemain… euh ça non… Re-avion, re-décollage, re-atterrissage et je vois mes amis Jo et Agnès qui m’attendent ! Bisous, discutage vite fait, je dois encore récupérer mon sac. Qui ne vient pas… plus aucun sac sur le tapis et toujours pas le mien… euh… panique… je laisse alors mon sac à dos aux tourtereaux et me dirige vers le tapis roulant des douanes… Bingo ! Je prends donc mon sac, discretos, avance et…
« Bonjour monsieur… »
« Bonjour »
« Vous venez d’où comme ça ? »
« Paris… » (espoir)
« Et avant ? » (detruisage d’espoir)
« Chine » (panique + envie de pleurer + comment donner pitié + comment fuir + comment me retenir de chier dans mon froc)
« Vous avez acheté quelque chose là bas ? »
« Boarf euh bah non, rien de spécial (mytho)… un appareil photo… »
« Ah oui ? Vous l’avez payé combien ? »
« 225 euros… »
« Vous savez que c’est limité à 175 euros ? Mais bon vous l’avez déclaré donc on va pas chipoter pour 50 euros… » (cadeau)
« Merci beaucoup monsieur le douanier super sympa je vous aime d’ailleurs vous avez une tâche sur la chaussure je vais vous la lécher… » (suce boules)
« Vous avez la facture quand même ? »
« Bien sûr, dans sa boîte… » (qui est elle-même située au fond du sac entre les deux fausses paires de addidas et le faux jean Diesel…)
Je sors la facture vite fait en plongeant la main dans le sac, il vérifie, ouf tout va bien…
« Autre chose à déclarer ? »
« Bah euh non boarf enfin bon hein si hein, 2 cartouches de clopes mais bon hein vu l’prix hein oh bon quand même hein… non ? » (panique bis)
Et là le 2e agent arrive.
« Bon bah on va aller fouiller tout ça dans la petite salle… » (regards autour de moi afin de vérifier qu’aucune boîte de gants latex ne traîne…)
Ouverture du sac, les deux douaniers sortent tout. Ils s’intéressent plus particulièrement aux cadeaux, ne s’arrêtant pas sur les fringues… d’ailleurs le jean ils l’avaient dans les mains ! Moi pendant ce temps je fais la discussion, des petites blagues, des commentaires… mais toujours en panique… Arrivés au ¾ du sac mes deux petits hommes bleus me disent que c’est bon et commencent à ranger. Bien sûr je ne peux pas m’empêcher de balancer un « Pourriez ranger un peu mieux, moi j’avais tout bien fait ! ». Le secret c’est le sourire, parce que sinon j’y passais…
Je sors alors du local, heureux, prêt à tout raconter à mes amis… qui ont disparus… Ah non, ils sont dehors et mon sac à dos est tout seul sur le banc… dans un aéroport… Putain les cons !!! Ils fument leur clope et prennent le risque de faire exploser mon sac !!!
Retour en voiture, je mange chez eux, rentre chez moi, dépose mes affaires et sors raconter mes aventures à des amis dans un bar…
Mon voyage est bel et bien terminé, mais le faire partager permet de le revivre. Demain je travaille mais tant pis, là je veux y retourner l’espace de quelques instants. Et je sais que dans ma tête j’y penserai toujours.
Chine tu me manques et m’as donné envie de te revoir.
