Un etranger au bout du monde 7
Ga’s China Story : It was just a dream (suite et fin)
Jeudi 29 mars
Départ du bus à 7h direction Long Ji, pas de petit dèj car personne ne m’avait averti qu’il fallait prévenir pour les petits dèj avant 7h, aucune certitude d’être dans le même bus qu’Angelina (et si je l’appelais Angie pour éviter d’écrire ce joli prénom trop long ?), bref avec ma tête dans le cul du matin c’était pas gagné !!!
Alors oui en temps normal j’ai des cernes, un mal fou à me lever, des tendances à trébucher, zigzaguer ou percuter des tables ou portes lors de mes premiers mètres du matin, les yeux collés et la trace de l’oreiller sur la joue… Mais là, alors que ça devrait être pire, je retrouve vite la forme. Je dors très peu mais mon envie de profiter de chaque seconde est plus forte que tout, je me reposerai plus tard.
La navette qui me mène au bus fait quelques haltes pour récupérer d’autres voyageurs. Certains ne se présentant pas à l’heure sont attendus mais au bout de cinq minutes, si pas de nouvelle, ils resteront chez eux. Le bus est en vu, je monte dedans, Angie n’est pas là. Je m’installe, sors mon – celui de Yannick en fait – MP3 et ferme les yeux. Un « hello » se fait entendre, Angie est là. Je lui propose le côté vitre pour qu’elle puisse admirer le paysage ou pour appuyer sa tête contre si elle veut dormir. En fait c’est surtout dû au fait que j’adore coincer les filles ! hihi ! Nous partons maintenant vers Long Ji, petit village perdu en montagne entre les terrasses de riz. Comme d’habitude le bus se faufile entre les voitures qui arrivent en sens inverse et celles qu’il double, les cyclistes et piétons sont frôlés, les coups de klaxon coupent le silence matinal qui règne à l’intérieur du car. Les deux premières heures de bus se passent comme ça, et ça ne me dérange déjà plus. Encore une fois ça fait partie de leur culture, de leur façon d’être, c’est dangereux et inconscient mais ici c’est moi l’étranger et je n’y changerai rien. Et puis je suis immortel… Enfin c’est ce que je pensais jusqu’à ce que nous arrivions dans la montagne. Le chauffeur ne se soucie guère de savoir si des voitures sont susceptibles d’arriver en face, en sortie de virage, non, il trace, seul au monde, 40 futurs cercueils à l’arrière. Puis ce n’est plus une route mais un chemin. Avec d’un côté le risque de tomber dans la rivière 20 ou 30 mètres en contrebas, de l’autre le risque de se faire écraser par des blocs énormes de roche friable. Bien sûr le manque de bol total voudrait qu’un gros roc écrase le bus et le pousse dans le ravin. Angie me demande si ce scénario est possible, gentleman je lui réponds que si ça arrive je mettrai mon bras pour la protéger ; je venais de chier dans mon froc.
Les rochers risquant de se décrocher à tout moment défilent à ma droite, la rivière et ses cascades sont toujours à ma gauche. Tout à coup le bus s’arrête. On nous demande de sortir, on peut laisser des affaires, nous voilà au village. Je descends les 3 marches du car et me retrouve face à… un éboulement. En fait la route est coupée, nous allons devoir traverser et prendre un autre bus qui nous attend de l’autre côté. Une pelleteuse est déjà en train de dégager la route – le chemin – et nous nous devons passer. Je surveille ma copine d’aventure afin qu’elle ne glisse pas et traverse à mon tour. Assez dangereux tout de même. Nous nous entassons dans le minicar qui nous attend, je suis debout, des françaises sont en train de râler devant moi.
Il est clair que depuis le début de mon récit je critique pas mal les mauvaises manières ou habitudes des chinois. Mais sachez que ça ne reflète pas la sympathie que j’ai pour beaucoup d’entre eux. Le français est franchouillard, blagueur, intelligent, etc. mais c’est aussi souvent un gros con, râleur, jamais content, fainéant, imbu de lui-même et intolérant. Souvent nous sommes pires que beaucoup d’habitants d’autres pays. Je dirais même qu’à part les ricains, les anglais, les italiens et les allemands… bon les russes aussi… et puis les iraniens… faut dire aussi que les congolais… enfin bref, exactement ce que je disais, nous sommes des putain de chauvins et nous ne pensons qu’à nous ! Toujours est-il que j’ai fait beaucoup de généralités. Certes certains chinois ont été crades, désagréables ou idiots, mais beaucoup ont été souriants, gentils ou m’ont fait rire. La vie n’est certainement pas facile pour beaucoup d’entre eux et quand je dis beaucoup d’entre eux ça doit vouloir dire 900 millions au moins. Au moins oui. Et nous petits français, supporterions-nous leur vie ? Certainement pas. Voilà pourquoi j’ai voulu manger dans la rue, voilà pourquoi j’ai voulu aller à la campagne, voilà pourquoi je n’ai pas pris de guide. Je veux faire un peu comme eux, vivre un tout petit peu de leur vie, pour apprendre à être un peu humble et à tolérer un peu plus les autres et leurs choix.
Je ne m’attarde donc pas trop sur ces françaises qui râlent, même si elles n’ont pas tord, putain ils sont fous ces chinois !!! Au loin j’aperçois des femmes en tenues traditionnelles, les cheveux enfermés dans un genre de foulard en tissu, entourant tout leur crâne. Elles nous accueillent en criant et en se chamaillant ! Deux d’entre elles me sautent dessus et essaient tant bien que mal de m’attirer dans leurs directions, probablement en se lançant des noms d’oiseaux. Je réussis à m’échapper et vais plus loin. En fait chaque touriste est choisi et sera suivi toute la journée pour se sentir obligé de donner un « pourboire » à celle qui lui collera le train. Il y aura bien sûr aussi la traditionnelle cérémonie du achète moi des cartes, des habits ou bien des sacs, etc. Angie et moi nous retrouvons avec une jeune fille de 26 ans, déjà mariée. Angie parle chinois, elle peut parler avec elle et traduire. Nous marchons pour enfin arriver au village, Long Ji est là, entouré de rizières, à perte de vue. Nous montons dans les rues, qui sont en fait des escaliers en pierres menant au sommet du « bourg ». Il n’y a personne à part les femmes et nous, touristes que nous sommes. Les hommes sont aux champs, les enfants à l’école. Seules quelques vieilles femmes s’occupent de gamins en bas âge.


Arrivé en haut la faim commence à nous faire des groa groa dans l’estomac. Un petit pseudo resto nous propose une carte bien remplie. Forcement nous avons le choix entre des plats accompagnés de riz ou… de riz. La commande passée je suis surtout impatient d’avoir ma bière ! Fais lourd aussi ici. Les plats se font attendre, mais je peux enfin boire du frais. Une fois servi les femmes se mettent en place pour leur petit spectacle. Sous leurs foulards se trouvent en fait des cheveux mesurant parfois jusqu’à 2 mètres et quelques. Elles ne les coupent que 2 fois dans leur vie. Je suis en train d’observer des personnes qui sont dans le Guiness Book des Records ! La classe ! Par contre le spectacle de danse est bidon, je suis vénère d’avoir fini ma bière cul sec pour y assister…


Il est temps maintenant de repartir vers les sommets, toujours avec ces escaliers en pierre. Je transpire mais j’ai de l’énergie à revendre, il m’arrive de courir, pour dépasser tout le monde et prendre des photos dont j’ai l’impression qu’elles sont inédites. Je suis le premier homme à avoir marché sur Long Ji, je suis seul au monde, libre, mes cheveux balayés par le vent de la montagne. Le paysage est quand à lui magnifique. Pas aussi beau qu’en été où les rizières sont d’un vert immaculé, mais toutes ces terrasses, toute l’immensité de ce domaine façonné par l’homme est impressionnant. Je n’imagine pas la dureté du travail de ces gens, montant tous les matins travailler la terre, les pieds dans l’eau, bêches à la main, jusqu’au soir pour un salaire de misère. Le riz de Long Ji est réputé mais c’est surtout le tourisme qui permet à ces agriculteurs chinois de manger.
J’aime être là, j’aime m’arrêter fumer une cigarette avec Angie en observant silencieusement le paysage. La Chine, ces milliers d’habitants, ces bruits incessants sont en fait un havre de paix pour moi. Paradoxe.
La descente commence, le bus doit déjà nous attendre. Nous repassons par le village et le harcèlement commence. Non je ne veux pas de tissu. Non je ne veux pas de sac. Non je ne veux rien. Allez si, des cartes postales, elles sont très belles, surtout avec les rizières toutes vertes. D’ailleurs ce qui est marrant c’est que si on enlève ces rizières j’ai l’impression d’être dans les Vosges ! La nature y est similaire, arbres, fleurs, rivières, roches. Autant Yangshuo était magnifique de par son dépaysement, autant Long Ji est magnifique de par sa façon de rendre un paysage connu différent et bien plus beau. Je file quelques billets à notre accompagnatrice qui vexée par le montant ne dit pas merci. Angie ne sait pas trop quoi donner, elle est touchée par la piètre qualité de vie de ces personnes. En même temps leurs maisons sont immenses et je sais très bien que si la fille a été gentille avec nous toute la journée c’est juste pour l’argent, elle est en train de me le prouver, je suis un peu déçu.
Plus loin le bus est là, nous disons au revoir et retrouvons nos sacs. A l’aller Angelina voulait me faire goûter son fruit préféré : la canne à sucre. J’attaque donc ce truc bizarre acheté plus tôt. En fait c’est bizarre dans la façon de le manger. Il faut croquer dans la canne, mâcher les morceaux, avaler le jus et recracher les fibres ainsi asséchées. Nous voilà tous les deux ruminant et recrachant dans un sachet. Pas très ragoûtant mais marrant. Et puis ici tout le monde le fait. Pour le reste, bananes et oranges ont le même goût qu’en France.

Sur le chemin du retour l’éboulement a disparu, les rochers sont de l’autre côté, la fatigue nous rend moins vigilant sur la sécurité. Quelques minutes de somnolence (bave aux lèvres) et s’enchaînent ensuite 2 heures de discussion avec Angie, sur nos deux journées où sur nos goûts musicaux (elle a un iPod, veinarde !). Chacun notre tour nous prenons l’écouteur de l’autre pour découvrir un groupe ou une chanson inconnus. Vient le moment où le bus dépasse deux camions eux-mêmes en train de se doubler, le tout sur une route toute simple, des voitures arrivant en face. Cette scène n’a rien de particulier mais si je vous la raconte c’est parce que je l’ai filmé et que franchement c’est quand même hallucinant. Pas d’énervement, pas de changement de trajectoire, que ce soit le bus ou les voitures en contresens, juste des appels de phares ou des coups de klaxon pour prévenir… Même une voiture de police est dépassée dangereusement, ligne continue tracée au sol, virage sans visibilité quelque dizaines de mètres en aval.
Il est aux alentours de 19h, nous sommes dans Yangshuo, la nuit tombe doucement. Angie me regarde, me dit que je vais la prendre pour une folle, elle a absolument envie de prendre un vélo et de partir à l’arrache, dans la campagne, loin de la ville et loin de la route, voir les pics illuminés par les derniers rayons de soleil. Toi folle ? Mais c’est une merveilleuse idée !!! Allez zou on loue un tandem et on part. Je pédale comme un fou, il faut aller vite, le soleil est en train de se coucher. Angie a levé les pieds des pédales, elle ne suit plus, je m’éclate, j’aime le sport, j’aime en chier, je suis un peu sado. Un chemin à gauche, je plonge, elle crie puis rigole, je m’éclate encore. Puis nous y sommes, un petit coin tranquille, perdu, les pics autour de nous qui ne sont maintenant plus que des ombres géantes. Le silence, l’obscurité et nous. Magique. Je la remercie en lui faisant un bisou sur la joue, elle me remercie en me le rendant, nous nous remercions…
De retour à Yangshuo nous rendons le vélo à double selle (c’est marrant quand même) puis nous retournons à nos guest houses respectives. La douche prise nous nous balladons dans la rue des étrangers, nous discutons toujours de tout et de rien puis nous retournons manger sur la place de la veille. Ce soir c’est à nouveau du poisson, mais cette fois c’est la spécialité de Yangshuo : le poisson à la bièèèèèère (pour la prononciation il faut regarder le sketch des robins des bois « la tarte à la bière »). Je le place à égalité avec l’autre en tête de mon classement de mes meilleurs poissons, loin devant les bâtonnets de colin Captain Igloo de mon enfance. Et toujours cette fameuse Tsingtao. Bah oui, quoi de mieux que la bière pour accompagner de la bière !